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Grand Couturier Engagé Et Maitre D Art: Entretien Avec Franck Sorbier

Ses défilés n’ont rien d’ordinaires. Ce sont de véritables spectacles singuliers mêlant les univers de l’art et de la musique. Il se nourrit de tout ce que la culture propose et la place au coeur de son inspiration. Couturier engagé, il n’hésite pas à le faire savoir et se sert de la haute couture pour sensibiliser le public sur des engagements societaux qui lui tiennent à coeur comme la cause animale.

Le 3 juillet dernier, la maison Frank Sorbier a fêté ses 20 ans. Le créateur, qui se définit comme un « grand Couturier et Maître d’Art” nous a offert une presentation artistique envoutante. Une danseuse vêtue de blanc a ouvert le bal pour ensuite laisser place aux ballerines vêtues de robes noires toutes uniques les unes que les autres. Cette saison, Franck Sorbier a laissé parlé une créativité spontanée audacieuse et sans filtre donnant à l’authenticité toutes ses lettres de noblesse: « Cette saison, je n’ai fait aucun dessin préparatoire, j’ai esquissé directement au mannequin les volumes et les pliages et les ai, ensuite, griffonnés avec dimensions des panneaux de tissus. ».

Cette quarantième collection qu’il a décidé de nommer « Figures libres » fait non seulement référence aux créations réalisées « librement » mais est aussi un clien d’oeil à leur fluidité et les lignes oniriques qu’elles dessinent guidées par les mouvements de la femme qui les porte.

Enfin, l’objectif étant de satisfaire ses clientes, ses créations se déclinent en plusieurs couleurs – bien qu’elles n’apparaissent qu’en noir pendant la présentation – et peuvent se porter aussi bien lors d’un diner en ami(e)s qu’une soirée mondaine.

photos: nowfashion

Pour en savoir plus sur l’univers du grand couturier, Almaze est parti à sa rencontre et lui a posé quelques questions auxquelles il a accepté de répondre en toute franchise.

Qui est la femme Franck Sorbier?

La femme Franck Sorbier connaît ses classiques, pour autant elle ne veut pas ressembler à tout le monde et choisit ses fantaisies. 

Qui est votre muse ?

Des femmes de tempérament, qui se jouent du vêtement et que je connais personnellement.

Où puisez vous vos inspirations pour réaliser vos collections? Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

Dans l’air du temps, le ressenti. Souvent en réaction à la saison précedente.  Je reste très attaché à Monsieur Serge Lutens le Grand Couturier de la Beauté.  En musique il y en a beaucoup, aussi différents que possible, en peinture et sculpture un certain nombre. Je suis plutôt éclectique. J’ai eu le très grand honneur de créer le costume d’Académicien du peintre Zao Wou-Ki, j’ai une fascination pour ses paysages imaginaires. Il est très important pour moi de connaître les personnes que j’habille. 

On retrouve des looks assez couvrant dans vos collections (ci-dessous collection printemps-été 2019). Est-ce volontaire ?

J’aime la rigueur et ce que l’on appelle le “port de tête”. Couvrir signifie sûrement une enveloppe de protection, pour moi il est plus important de souligner que de dévoiler. 

Selon vous, qu’est ce que la modestie ? Comment se manifeste-elle dans votre travail/vos collections ?

Je me considère plus comme un artisan d’Art que comme une vedette de la Haute Couture.

Je continue à réaliser moi-même un certain nombre de robes qui sont présentées. Je suis en prise directe avec la réalité.

Vous êtes-il déjà arrivé de devoir retoucher une création pour la rendre plus “modeste” à la demande d’une cliente?

Oui, bien sûr. J’ai dû couper des traînes, enlever du volume, fermer un décolleté, rajouter des manches.  Je ne fais plus de traîne c’est encombrant, j’essaye de limiter les volumes, d’étudier un décolleté et de penser à celles qui préfèrent les manches. C’est un plaisir de faire plaisir, c’est avant tout le rôle d’un grand Couturier.Il faut aussi du temps pour le comprendre.

Vous semblez être un couturier engagé (collection AW18-19) comment (et pourquoi) pensez-vous que la Couture peut jouer un rôle de sensibilisation sur les questions ethiques et environnementales?

La Haute Couture est médiatique et reste un évènement planétaire important.Une présentation de Haute Couture est le support idéal pour faire passer des messages, elle n’est pas déconnectée de ce qui nous entoure, de ce qui nous mobilise dans notre vie de tous les jours. Il ne faut pas oublier que la Haute Couture n’est présentée qu’à Paris et à Rome. 

Chacune de vos collections semble être un spectacle à part entiere fusionnant les mondes de l’art, la musique et  la mode. Loin des mannequins traditionnelles, vous n’hésitez pas à mettre en avant des profils originaux comme des danseurs. Quel message cherchez-vous à faire passer?

Le jour, où l’on décide d’exister, ce n’est pas pour faire comme tout le monde. Je me sens plus appartenir à une époque où il n’y avait pas de frontières. La Haute Couture est avant tout festive, un spectacle, un symbole.

La Haute Couture influence considérablement le prêt-à-porter. Ressentez-vous que vous avez donc un rôle de sensibilisation à jouer en tant que créateur de Couture pour aider une mode plus responsable et inclusive à s’installer?

Je ne suis pas sûr que la Haute Couture influence le prêt à porter. Je trouve certaines collections “boutique” beaucoup plus créatives.Ce sont deux mondes parallèless, qui sont perméables mais qui n’ont pas les mêmes objectifs.

Comment percevez-vous les évolutions possibles de la Haute Couture ?

La Haute Couture mourra faute d’artisans et de techniciens.Faute de Savoir-Faire.Les idées stylistiques ne manquent pas, les archives non plus. Je perçois une Haute Couture plus culturelle, plus patrimoniale. Une Haute Couture expliquée, exposée au public.Une Haute Couture engagée, témoin de son temps.